VII/ L'exploitation de l'information dans un fonds audiovisuel - un scénario "idéal"
"Travailler avec un corpus audiovisuel"
"Travailler avec un texte" (dans notre cas: avec un document audiovisuel) veut dire donner au visiteur/utilisateur d'un site tel que celui des AAR la possibilité de le "manipuler" à ses fins, i.e. selon ses besoins et ses intérêts.
L'exemple vraisemblablement le plus parlant est celui de la "table de travail" traditionnelle du chercheur, de l'enseignant ou de l'étudiant - table de travail qui constitue un espace à la fois physique et social de l'acquisition et de la production de connaissances. Concrètement parlant, le travail avec un texte s"inscrit toujours dans un projet quelconque dans le cadre duquel le texte constitue soit une ressource, un moyen pour atteindre un but quelconque, soit un but en soi.
Toujours est-il que le travail avec (et autour) du texte se décompose en un ensemble d'activités typiques telles que:
l'enregistrement et le classement (personnel) d'une (nouvelle) ressource textuelle;
la prise de note (i.e. l'extraction des parties textuelles particulières pertinentes pour le projet de l'utilisateur);
la production de résumés, de synthèses, de compte rendus, ... d'une partie textuelle;
la production de commentaires sur telle ou telle partie en relation avec le projet;
la vérification de telle ou telle partie textuelle quant aux informations fournies (sous forme, par exemple, d'une recherche de nouvelles informations, d'informations complémentaires, ...);
l'ajout de références, de "liens" à d'autres ressources avec comme but de rendre plus clair le propos d'une partie textuelle traitée, de le "relativiser", de le critiquer, de le compléter, etc;
la traduction (telle quelle, résumante, sous forme d'une version plus ou moins libre, ...) de telle ou telle partie textuelle;
l'enregistrement et le classement (personnel) de toutes ces activités de "traitement d'information textuelle";
la mise à jour des résultats de telle ou telle activité spécifique de "traitement d'information";
et, enfin, la publication (lato sensu) de ces activités (ou d'une partie de ces activités) sous forme d'une simple réunion de pages manuscrites ou imprimées à usage purement personnel, sous forme d'un modèle préétabli de republication, voire sous forme d'une véritable publication originale.
Site portail et collaboratoire - L'espace numérique de travail
Comme on le sait, toutes ces activités de travail sur et autour d'un texte peuvent être réalisées soit par une personne seule, soit par un groupe de personnes travaillant ensemble pour réaliser un projet commun.
Peu importe s'il s'agit d'un travail individuel ou d'un travail collectif, fournir ce genre de services aux visiteurs/utilisateurs d'un site portail tel que celui des AAR, présuppose de passer d'une conception "portail d'information/de connaissances" à une conception de type "collaboratoire" ou encore de type "espace numérique de travail".
Un collaboratoire ou un espace numérique de travail réunit donc, très généralement parlant, d'une part des ressources numériques d'information (sous forme de documents écrits, audiovisuels, ... organisés en des bibliothèques électroniques) et d'autre part des services et outils/instruments nécessaires pour effectuer un travail tel que celui présenté ci-dessus.
Références:
une présentation synthétique du "collaboratoire" sur Wikipedia;
l'ouvrage collectif Portails et collaboratoires pour l'enseignement et la recherche (coordonné par P. Stockinger); Paris Hermes Science Publications 2003.
Vers un service d'intérêt général ("community service") des AAR
Dans le cadre concret du Programme AAR, cela veut dire qu'un visiteur/ utilisateur enregistré devra avoir la possibilité:
d'obtenir son propre espace personnel de travail (i.e. sa "table de travail");
de se constituer son propre corpus audiovisuel (et, plus généralement, multimédia) de travail;
de créer son propre cadre de classement (son propre "thesaurus", voire sa propre "ontologie");
de réaliser à distance (!) l'ensemble des activités citées ci-dessus (découpage/segmentation des vidéos, annotations, enrichissement, traduction, ...);
de procéder à distance (!) à la publication personnalisée des résultats de ses activités;
de publier les résultats de ses activités sur un site personnel accessible uniquement à ceux identifiés par le travailleur.
En comparant ces exigences avec le processus de republication d'un corpus audiovisuel afin de permettre une meilleure appropriation des connaissances contenues dans le corpus, alors on peut aisément se rendre compte qu'il s'agit ici essentiellement de passer d'un modèle "centralisé" d'exploitation d'un corpus source à un modèle totalement décentralisé:
dans le cadre du modèle "centralisé, c'est une institution, un service qui - comme traditionnellement l'éditeur ou le producteur/metteur en scène - règle pour le lecteur/le destinataire visé le processus et les modalités de l'appropriation de l'information;
dans le cadre du modèle "décentralisé", c'est la communauté concernée (dans notre cas: les enseignants, les étudiants, les chercheurs, ...) qui prennent en main leurs besoins et intérêts d'appropriation sous forme d'un travail adapté sur et autour du texte.
C'est ainsi qu'un portail tel que celui des AAR peut se transformer en un service d'intérêt général qui non seulement fournit des informations ou des connaissances à une communauté donnée mais permet également à celle-ci de l'utiliser à ses propres fins.
Références:
le projet OPALES (programme RIAM: 2001 - 2004), coordonné par INA Recherche, ayant eu comme but à définir un outil de travail personnalisé sur des corpus audiovisuels;
la conférence de P. Stockinger "Digital audiovisual archives in humanities" (Chania, Grèce 2003) expliquant les objectifs du projet OPALES.
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